(VOVWORLD) - Le 2 avril, le président américain Donald Trump a annoncé l’imposition de droits de douane réciproques pour plus de 180 partenaires économiques des États-Unis à travers le monde. Cette décision a provoqué des secousses majeures sur les marchés mondiaux et alimenté des inquiétudes quant à un risque d’instabilité pour l’économie mondiale.
Selon cette nouvelle politique fiscale, tous les partenaires économiques des États-Unis se voient appliquer un taux de base de 10 %, auquel s’ajoute un taux supplémentaire de droits de douane, lequel sera calculé spécifiquement pour chaque économie et pourrait atteindre jusqu’à 49 %. Ces nouvelles taxes devraient entrer en vigueur le 9 avril.
Un choc économique mondial
Le président américain Donald Trump annonce l’imposition de droits de douane réciproques pour plus de 180 partenaires économiques des États-Unis, le 2 avril. Photo: Reuters |
Les tarifs, tels qu’ils étaient présentés le 2 avril, sont très élevés pour la plupart des principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Par exemple, la Chine se voit appliquer un taux de 34 %, en plus du 20 % déjà instauré depuis mars, ce qui porte le total des droits de douane sur les produits importés chinois à 54 %. L’Union européenne est soumise à un taux de 20 %, le Japon à 24 %, et la République de Corée à 26 %. Fait notable, de nombreuses économies émergentes subissent également des taxes élevées, allant de 30 à 49 %. Ce revirement brutal de la politique fiscale américaine a immédiatement provoqué un choc mondial, visible à travers de fortes fluctuations des marchés boursiers. Selon les analystes, cette imposition généralisée marque le plus grand changement dans la politique commerciale des États-Unis depuis des décennies, un changement qui pourrait accélérer l’émergence d’un nouvel ordre économique mondial incertain. En tout cas, les conséquences immédiates seront lourdes pour l’économie mondiale, comme l’affirme la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
"L’annonce du président Trump sur l’imposition de taxes sur l’ensemble du monde constitue un coup dur pour l’économie mondiale. Les conséquences seront graves, avec une insécurité croissante qui stimulera encore davantage le protectionnisme. Les consommateurs du monde entier seront également touchés, et des millions de citoyens devront payer des factures plus lourdes pour leurs biens", avertit-elle.
Partageant cette inquiétude, le professeur d’économie Thomas Bridges de l’Université du Delaware (États-Unis) souligne que l’économie mondiale repose actuellement sur une division du travail et une spécialisation poussée, où chaque pays se concentre sur les secteurs où il excelle, et qu’elle s’appuie sur le commerce libre pour compléter ses forces. Par conséquent, les taxes imposées par les États-Unis à presque tous les pays risquent de perturber les fondements économiques mondiaux que les nations, y compris les États-Unis, ont contribué à établir pendant des décennies.
"L’absence de barrières commerciales permet aux économies de fonctionner de manière plus efficace et de poser des bases solides. C’est pourquoi je crains qu’un prolongement des taxes américaines ait des conséquences sérieuses pour les fondements de l’économie mondiale", déclare Thomas Bridges.
Le choc intérieur: l’impact sur les États-Unis
Les traders d'actions à la Bourse de New York, le 3 avril. Photo : Reuters |
Les nouvelles taxes de Donald Trump ne provoquent pas seulement un choc mondial, mais créent également un climat d’incertitude à l’intérieur même des États-Unis. Le 3 avril, la Bourse de New York (NYSE) a enregistré sa pire séance en cinq ans, avec des chutes de 4 à 5,9 % des principaux indices (S&P 500, Dow Jones, Nasdaq), les plus fortes depuis le début de l'année 2020. Ce choc a effacé plus de 2.500 milliards de dollars en capitalisation boursière sur la NYSE. Maurice Obstfeld, économiste à l’Institut d’Économie Internationale Peterson (États-Unis), a tiré la sonnette d’alarme.
"Les Américains vont voir les prix augmenter. Les taxes frappent principalement les pays avec lesquels les États-Unis ont un déficit commercial important, c'est-à-dire des pays dont les produits sont très recherchés par les États-Unis ou nécessaires à leur production. Par conséquent, ce sont les Américains qui paieront le plus cher pour les produits qu’ils consomment ou préfèrent", a-t-il expliqué.
De nombreux économistes estiment qu’à court terme, certaines industries américaines pourraient bénéficier de la nouvelle politique fiscale, mais qu’à long terme, la compétitivité des entreprises américaines, notamment dans des secteurs comme l’automobile ou l’énergie, pourrait être affectée, car les coûts des matières premières et des équipements importés augmenteront. Le retour de la production aux États-Unis, l’un des grands objectifs de Donald Trump en imposant ces taxes, demeure incertain, car la réorganisation des chaînes de production mondiales pourrait prendre plus de temps que la durée de son mandat.
Ainsi, l’hypothèse la plus probable serait que ces nouveaux droits de douane représentent la première étape de la stratégie de Washington qui veut pousser ses partenaires économiques à négocier afin de réduire le déficit commercial des États-Unis tout en obtenant de grandes concessions économiques. À ce propos, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a justement annoncé le 3 avril que son gouvernement entamerait des négociations avec tous les grands partenaires commerciaux concernant ces nouvelles taxes. D’après lui, les pays devront ajuster leurs règles pour permettre l’importation de davantage de produits américains, afin d’atténuer l’impact de ces droits de douane.